FONGAL
/
Arts plastiques

 Introduction

Au Burundi comme partout ailleurs dans le monde, les Arts Plastiques désignent l’ensemble des activités humaines fondées sur le travail de la matière et la création de formes. Contrairement aux arts appliqués qui visent une utilité quotidienne, les arts plastiques privilégient une démarche esthétique et intellectuelle pour exprimer des sentiments ou des idées. Ils englobent d’abord des formes traditionnelles comme le dessin, la peinture, la sculpture, la gravure, la céramique et la mosaïque; ensuite ils désignent des formes spatiaux comme l’architecture et les installations, et enfin les formes  modernes et numériques comme la photographie et la vidéo. Toutes ces formes d’arts permettent de donner forme à une idée, c’est-à-dire de la rendre visible, palpable, grâce à des matériaux et outils divers.

Les arts plastiques sont heureusement enseignés de l’école primaire jusqu’au terme de l’école post fondamentale. Néanmoins, force est de constater que dans le système éducatif burundais, une et une seule école d’arts appelée à former des futurs artistes existe.  Cela dénote que l’Etat burundais n’accorde pas d’importance capitale à l’enseignement des Arts Plastiques car : i. l’unique Ecole Technique Secondaire d’Art (ETSA) n’est pas dotée des enseignants aux compétences artistiques; ii. Insuffisance notoire des matières premières, équipements et outillages pour fournir un enseignement de qualité ;  iii. Le système d’orientation des élèves après la neuvième année ne tient pas compte des critères objectifs de sélection, etc.

Pourtant, la réalité est toute autre:

Ne pas convenablement enseigner les arts plastiques à l’école, cela entraine de graves conséquences dans le développement intégral  des gens, dans ce sens que cela limite leur développement du processus par lequel les gens acquièrent des connaissances, apprennent  à penser, à résoudre des problèmes et à comprendre le monde créatif et émotionnel. Cela réduit sensiblement les capacités d’expression personnelle en termes d’imagination, de créativité et d’innovation.  Ne pas apprendre les arts plastiques, ça entrave énormément l’acquisition d’une culture visuelle, affaiblit la motricité fine et supprime un espace essentiel d’équilibre psychologique. 

En somme, ne pas enseigner les Arts Plastiques, c’est couper l’être humain de l’histoire humaine et de la compréhension du patrimoine mondial.

DEFIS MAJEURS DES ARTS PLASTIQUES AU BURUNDI

  1. Absence des bases de données statistiques particulièrement sur le répertoire des artistes plasticiens et de la cartographie du potentiel artistique national.
  2. Insuffisance d’écoles ou autres établissements publics ou privés à vocation artistique ;
  3. Absence d’Académies, d’Instituts ou Ecoles des Arts dans le système éducatif burundais ;
  4. Absence du simple département d’expressions plastiques dans le cursus universitaire burundais ;
  5. Insuffisance de ressources humaines (cadres) formées dans les Académies des Arts;
  6. Insuffisance de structures associatives et coopératives d’artistes plasticiens œuvrent dans le formel au niveau national ;
  7. Méconnaissance des Artistes Burundais de haute réputation disséminés à travers le monde ;
  8. Déficit au niveau du partenariat public-privé en Arts Plastiques
  9. Absence d’un organe de coopération technique attaché au Ministère en charge des Arts et de la Culture ;
  10. Absence d’un Organe National pour la défense des intérêts artistiques et culturels en faveur des artistes plasticiens (Conseil National des Arts et Culture « CNAC »)
  11. Déficit notoire de cohésion sociale entre artistes plasticiens en action au Burundi ;
  12. Précarité d’espaces de travail pour artistes plasticiens (ateliers)
  13. Absence de structures financières destinées à promouvoir les Arts Plastiques ;
  14. Déficit dans le profit des nouvelles technologies pour la production et la commercialisation des œuvres d’art : plateforme numérique, commerce électronique etc…

ACTIONS A MENER POUR FAIRE FACE AUX DEFIS

Pour que les Arts et la Culture burundaise puissent entrer dans la dynamique de développement social et économique du pays, il y a une série d’actions à envisager à court, à moyen et à long terme, sans lesquelles les acteurs artistiques et culturels auront du mal à s’auto promouvoir, à s’affirmer dans la société, à s’autonomiser socialement et économiquement.

Par ordre chronologique, les parties prenantes appelées à promouvoir et réhabiliter les Arts et la Culture pourraient  mener des actions suivantes :

Le Ministère en charge de la Culture et des Arts est appelé à :

  • Répertorier tous les acteurs artistiques et culturels à travers tout le pays et constituer une base de données statistiques.

Cette opération une fois faite permettrait au Ministère en charge de la Culture de maîtriser : le potentiel humain dont il dispose pour sa localisation sur le territoire national, pour son organisation et pour son encadrement. Cette opération permettrait ensuite à identifier les filières développées par les artistes et leur répartition sur le territoire national;  la nature des structures artistiques dans lesquelles se développent les artistes (ASBL ou Entreprise ICC),  le taux d’adhésion de femmes et d’hommes  dans le domaine des Arts et la Culture. Cette opération permettrait enfin de maîtriser les potentialités en termes  de matières premières disponibles sur le territoire national.

  • Entreprendre exceptionnellement une initiative d’identifier les Artistes burundais de haute renommée nationale et internationale pour la reconnaissance, la capitalisation et la valorisation de leur personnalité artistique, de leur intégrité patriotique et de leur valeur morale et économique au service du pays. Ces acteurs artistiques et culturels une fois identifiés et organisés pourraient constituer un noyau de référence artistique et un tremplin pour créer une symbiose et une conciliation entre l’ancienne et la nouvelle génération d’artistes. A ce moment, la classification et la catégorisation des artistes au niveau national pourrait  amener les artistes burundais à réveiller leur conscience quant à prendre la responsabilité de bien s’organiser, de bien se structurer,  d’ asseoir la cohésion sociale entre artistes et par conséquent coopérer avec les pouvoirs publics dans les programmes de développement socio- économique du pays. La confiance entre les artistes et les pouvoirs publics pourrait se rétablir et cela profiterait énormément aux populations qui normalement attendent beaucoup de l’Etat et de la responsabilité des artistes.
  • Organiser des campagnes de mobilisation – sensibilisation des artistes en action, dans l’optique de les inciter à sortir du spectre individualiste,  et les amener plutôt à développer l’esprit associatif et coopératif respectueux de la législation burundaise en vigueur par rapport aux Industries Culturelles Créatives en évolution positive dont ils font partie prenante.
  • Organiser des cadres de rencontre et d’échanges entre le Ministère et les artistes leaders identifiés par leurs compétences, pour les sensibiliser à prendre la responsabilité de suppléer les efforts de l’Etat dans la mobilisation, dans l’organisation et dans l’encadrement d’autres artistes particulièrement ceux de la nouvelle génération ayant besoin de maturité culturelle. Cette opération aiderait principalement las artistes  à se constituer en corps de métier, filière par filière, jusqu’ à mettre en place des systèmes de réseaux, de fédérations et confédérations d’envergure nationale, régionale et internationale.

Par cette voie, les structures faitières pourraient être constituées et reconnues juridiquement en tant que partenaires officiels de l’Etat, et cela favoriserait facilement la collaboration entre les structures  mises en place et les pouvoirs publics dans différents projets et programmes planifiés.

  • Entreprendre des démarches dans le cadre de la coopération internationale pour nouer des relations de partenariat avec les pays étrangers jusqu’à décrocher des appuis techniques Comme cela se remarque dans les autres Ministères à l’instar du Ministère de l’Environnement, le Ministère ayant en charge les Arts et la Culture aurait un Organe d’Appui Technique constitué d’experts étrangers et nationaux chargés d’appuyer le Ministère ayant en charge les Arts et Culture dans ses Projets et Programmes.
  • Défendre auprès de l’Etat burundais un Projet de mise en place d’un Organe Suprême qui défend les intérêts des acteurs culturels et artistiques. A l’image du Conseil National de Sécurité, Conseil National de la Communication… cet Organe porterait la dénomination de type: « Académie des Arts et Culture », « Conseil National des Arts et Culture » ….. Une fois que cet Organe est crée, le Ministère en charge des Arts et Culture aura un partenaire privilégié pour consultation et collaboration. Le secteur des Arts et Culture sera réhabilitée, mis à l’honneur pour voir les hommes et les femmes aux dons d’artistes agir avec enthousiasme et épanouissement.
  • Organiser les états généraux des arts et de la culture au Burundi pour une réflexion profonde de l’avenir des arts et la culture du Burundi.
  • Faire le 1er pas pour réunir les vrais artistes identifiés objectivement et les inviter à coopérer avec le Ministère spécialement dans sa mission l’encadrement et d’organisation des artistes émergents. Cette opération est d’autant plus importante que, une fois faite, elle viendrait résoudre le problème des artistes burundais qui, entre eux ne s’entendent pas. Ils sont mécontents pour la plupart, et la tendance est de jeter les tords sur l’Etat burundais. Ils n’arrêtent pas de s’exprimer qu’ils ne sont pas organisés à suffisance par les pouvoirs publics, qu’ils ne sont pas suivis et promus autant que d’autres catégories professionnelles burundaises. Par conséquent, ils ont du mal à se respecter et à respecter le code déontologique de leur métier. Des conflits de tout genre les divisent, des jalousies montent entre eux jusqu’à s’entretuer. Il leur faut la garantie morale et l’assurance administrative pour rétablir la confiance et la cohésion sociale entre eux d’abord et entre eux et les pouvoirs publics ensuite.
  • Confier la gestion du patrimoine culturel aux artistes entrepreneurs de l’Industrie culturelle qui s’engagent à fédérer les moyens humains, matériels et financiers. Par des contrats de collaboration entre pouvoirs publics et artistes, cette opération viendrait encourager les artistes à valoriser les espaces publics aujourd’hui non exploités rationnellement, et donc non rentables sur le côté financier à l’instar du Palais des Arts, du Musée Vivant, de nombreux sites touristiques disséminés à travers tout le pays. Confier la gestion du patrimoine culturel et touristique aux artistes organisés, c’est synonyme d’ouvrir la voie à la vulgarisation des valeurs culturelles nationale car, ces artistes prendraient les initiatives d’animer les populations aussi bien urbaines que rurales par les manifestations culturelles auxquelles ils peuvent même associer des artistes étrangers partenaires.

Une fois que  les artistes ont ce privilège de gérer les espaces publics et que les affaires prospèrent ; avec la collaboration des partenaires nationaux et internationaux ; des Projets de grande envergure pour suppléer les efforts de l’Etat burundais pourront être montés par les artistes dont notamment:

  • La création des écoles et académies privées à vocation artistique pour produire des cadres compétents en matière des Arts et métiers ;
  • La création du Centre Culturel Burundais ;
  • La création d’une bibliothèque nationale ;
  • La création des musées et galeries d’art et culture ;
  • La mise en place des structures financières (Fonds) destinées à promouvoir les acteurs culturels et Artistiques…
  • Impliquer les artistes burundais dans la planification de la Politique Sectorielle, dans les études des Projets et dans l’exécution décorative des infrastructures publiques en utilisant des œuvres d’art et objets d’artisanat d’art reflétant les valeurs culturelles intrinsèques du Burundi.Comme cela, la confiance entre les pouvoirs publics et les artistes est rétablie du fait que ces derniers ont la fierté d’apporter une pierre à l’édifice culturelle du Burundi. Cela éviterait en plus la fuite des cerveaux culturels et artistiques vers les pays étrangers.
  • Confier les grosses commandes de l’Etat aux artistes renommés pour la fourniture des œuvres d’art de qualité et en quantités voulues (peintures, sculptures et objets d’artisanat d’art). Comme cela les artistes burundais travailleraient dans la transparence sous le couvert de la Loi burundaise sur les Marchés Publics. l’OBR aurait alors les facilités de recouvrer les impôts et taxes dûs;
  • Offrir les facilités du système fiscal aux artistes et artisans entrepreneurs travaillant dans le système formel. Cela pourrait encourager les acteurs de l’Industrie culturelle à quitter l’isolement et l’enclavement pour adhérer au système de travail formel. En plus, cela limiterait la fuite des impôts  et taxes et l’OBR aurait des facilités de les recouvrer;
  • Offrir les bourses d’études et de stage aux acteurs artistiques et culturels burundais. Cela pourrait les armer de connaissances et de compétences favorisant l’élargissement des horizons culturels, facteurs pour défendre les valeurs des Arts et d’Artisanat burundais.
  • Organiser les états généraux des arts et de la culture au Burundi pour une réflexion profonde de l’avenir des arts et la culture du Burundi.
  • Commanditer une étude du plan d’action stratégique au niveau national.

Les artistes burundais sont appelés à :

  1. Se chercher eux-mêmes, s’organiser, se structurer et se fédérer ;
  2. Constituer un trait d’union entre les pouvoirs publics et les populations ;
  3. Faire le plaidoyer pour des financements en faveur du développement socio-économique du pays ;
  4. Participer activement dans les Projets/ Programme à visée civique et patriotique:

Mobilisation-sensibilisation des communautés sur la protection de l’environnement ; la promotion des Droits de l’Homme ; la Bonne Gouvernance… ;

  1. Développer des initiatives novatrices soignant l’image et la personnalité de l’artiste burundais tels que :
  • Identification des jeunes aux dons d’artistes pour un encadrement artistique,
  • Accompagnement professionnel des jeunes pour la création d’emplois ;
  1. Intégrer les structures artistiques dans les réseaux internationaux ;
  2. Entreprendre des partenariats avec les artistes nationaux, régionaux et internationaux dans le souci de créer des écoles, des instituts et des académies à vocation artistique et culturelle ;
  3. Fédérer les moyens pour créer un fonds de Promotion des Arts et Culture ;
  4. Organiser annuellement des événements culturels et artistiques de type Festival, Foire, Forum, Conférence … ;
  5. Elaborer un guide de la déontologie professionnelle des acteurs artistiques et culturels.